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SOLAR LINE

« Pour aboutir à un résultat positif »

 

Fiche de présentation

Auteur : Ivan Viripaev

Traduction : Gilles Morel

Mise en scène : Illia Delaigle

Assistante, chorégraphe et regard artistique : Amélie Patard

Création Lumière, régie générale et regard artistique : Jean-François Metten

Création musicale : Arnaud Dieterlin et Audrey Lanfranca

Avec : Claire Cahen et Mathieu Saccucci (Distribution en cours)

Résumé : Il est 5 heures du matin chez Barbara et Werner Solarline. Ils sont dans leur cuisine et ils cherchent depuis 10 heures du soir une issue à leur couple, après 7 ans de vie commune. On sait qu’ils ne peuvent se résoudre à autre chose que d’aboutir à unrésultat positif. Si on mêle l’absolu nécessité de s’en sortir à l’épuisement, on peut aboutir soit à des accidents mortels soit à des franchissements inattendus. Ivan Viripaev offre avec sa poésie féroce, une comédie éblouissante et universelle sur le couple d’aujourd’hui.

Genre : Comédie

Durée : 1h15

Production : Cie Kalisto / Coproductions : En cours Disponible en appartement courant 2018  

 

 

NOTES ET INTENTIONS DE MISE EN SCENE / ILLIA DELAIGLE

(Au 25/11/2017)

« Lorsque deux sujets se disputent selon un échange réglé de répliques et en vue d’avoir le « dernier

mot », ces deux sujets sont déjà mariés : la scène est pour eux l’exercice d’un droit, la pratique d’un

langage dont ils sont copropriétaires ; chacun son tour, dit la scène ; ce qui veut dire : jamais toi sans

moi, et réciproquement. »

Roland Barthes. Fragments d’un discours amoureux.

 

POURQUOI ?

« Pour qu’on aboutisse à un résultat positif. »

Barbara et Werner sont admirables. Ils sont aussi drôles et lumineux. C’est d’abord deux êtres, juste un couple, avec son langage, ses corps, ses passions et ses scènes. Mais ils sont aussi d’une rare beauté car malgré les cris et les coups, les larmes, la mauvaise foi ou encore les hystéries épuisantes, ils sont traversés par cette infinie tendresse de ceux qui n’ont pas d’autre choix que d’aboutir à un résultat positif. Rien ne les retient pourtant, lecrédit à la banque s’achève, et ils n’auront probablement pas d’enfant.

Malgré cela, ils le font. Ils l’entreprennent ce voyage au tréfonds de ce qu’il leur reste d’amour. Ils ne sont pas raisonnables, ils savent qu’ils déploient une énergie sans doute vaine. Elle est pourtant vitale cette énergie et c’est ça qui touche. Cette énergie vitale qui fait surgir des éclats de lumières dans la noirceur des baffes et des crachats. C’est rare,c’est beau. C’est ce que je souhaite donner à voir. Et aussi, ne soyez pas sensés et surtoutpas en ce qui concerne l’amour, regardez comme ces êtres peuvent être drôles intelligents et lumineux ; c’est que je souhaite vouloir dire.

 

COMMENT ?

« En franchissant, cette putain de ligne solaire, nique ta mère », peut être.

Voici, pour commencer, quatre pistes de travail :

Premièrement, si on jette un regard rapide (c’est en russe) sur ce lien : (https://www.youtube.com/watch?v=gQH8J_QAEsg, une lecture du texte par l’auteur),on remarque ce flot rapide mixé d’une passion brûlante, c’est la fameuse « fureur de dire » propre à Viripaev. Il va falloir explorer, exploiter cela.

Deuxièmement, c’est une comédie. C’est une co-mé-die. D’ailleurs, il ne faudra jamais oublier que c’est une comédie. C’est très touchant, une comédie.

Troisièmement, c’est donc franchir « cette putain de ligne solaire, nique ta mère ». Il est 5 heures du matin chez Barbara et Werner Solarline. Ils sont dans leur cuisine et ils cherchent depuis 10 heures du soir une issue à leur couple. On sait qu’ils ne peuvent se résoudre à autre chose que d’aboutir à un résultat positif. Si on mêle l’absolu nécessité de s’en sortir à l’épuisement, on peut aboutir soit à des accidents mortels ou à des franchissements inattendus. C’est là que se situe le muscle de la situation et bien entendu plus le temps passe, plus le risque s’accentue. Et plus le risque s’accentue, plus ils s’élèvent (non sans mal) et plus ils se rapprochent de cette fameuse ligne solaire. Elle peut alors à chaque instant, être franchie par chacun des deux, des deux côtés. En ce qui concerne le dispositif scénique, pour accompagner ce chemin, pour passer du matériel à l’immatériel, il me paraît évident, à l’heure actuelle, de commencer la pièce dans une cuisine type « modèle d‘expo » et qu’elle se finisse pour l’essentiel juste avec les deux protagonistes. Cette espace « cuisine » serait leur scène. Il serait délimité dans l’espace. On pourrait suspendre au dessus d’eux le message « Pour qu’on aboutisse à un résultat positif. »

Idem pour le traitement sonore, il me paraît naturel de commencer par des éléments standardisés pour aboutir à une expression plus mystique (en live ou pas). On poursuit pour la lumière, les costumes tout doit, petit à petit, accompagner nos chers protagonistes à se rapprocher de « leur ligne solaire » et leur permettre de la franchir tout a fait dépouillés. Par ailleurs, j’aime qu’on ne sache pas vraiment ce que c’est véritablement cette « ligne solaire ».

Quatrièmement enfin, ne pas oublier les silences, les longs silences qui ponctuent les joutes, la danse, les cocasses danses comme le Foxtrot, les yeux fermés, créer cette imaginaire de ce que je voudrais que l’autre soit pour pouvoir encore m’abandonner à lui, les métaphores stupides, la folie, l’absurdité, la drôlerie, la poésie, Eros, Agapé…l’écriture de Viripaev offre encore en vitesse une montagne de pistes à dévaler.

 

EXTRAITS DU TEXTE

Scène 1

Cuisine dans l’appartement des époux Werner et Barbara Soleiline. Werner se tient devant la fenêtre, Barbara est

asssise à la table.

Long silence.

WERNER. – Au cours de ce printemps.

BARBARA. – Au cours de ce printemps ?!

WERNER. – Oui, au cours de ce printemps.

Silence.

BARBARA. – Je ne comprends pas, que tu espères encore aboutir à un résultat positif, Werner ?

WERNER. – Il est déjà cinq heures du matin, Barbara.

BARBARA. – Je vois l’horloge, elle est au mur, tout est en ordre.

WERNER. – Ahah ! Tu dis que tout est en ordre ?

BARBARA. – Je dis « tout est en ordre » en pensant au fait que je vois notre horloge au mur et que je vois qu’il est

maintenant cinq heures du matin, c’est dans ce sens que, pour moi, tout est en ordre.

WERNER. – Excellent. S’il y a au moins chez nous de l’ordre dans quelque chose, nique ta mère. Cinq heures du matin,

et toi et moi avons enfin abouti à une quelconque compréhension mutuelle, putain, au moins sur le fait qu’il est

maintenant cinq heures du matin. Et alors, quoi, Barbara ?! Et alors, quoi ?!

BARBARA. – Eh bien, Werner ce qui me semble très étrange, c’est que tu espères dans ta situation aboutir à un

quelconque résultat positif.

WERNER. – Je répète, au cours de ce printemps.

BARBARA. – Au cours de ce printemps ?

WERNER. – Oui, au cours de ce printemps.

Silence.

BARBARA. – Et qu’est-ce qu’on peut attendre de particulier au cours de ce printemps, mon chéri ? Pour quelle raison

as-tu soudain commencé à compter ainsi sur ce printemps ? Pour quelle raison as-tu soudain commencé à attendre ce

printemps, Werner ?

WERNER. – Eh bien, parce que, comme tu le sais, à partir du vingt-quatre avril, nous ne donnerons plus notre argent à

cette putain de banque, et nous le garderons pour nous. Et nous le dépenserons pour nous. Pour notre nourriture, pour

nos voyages, pour notre enfant.

BARBARA. – Quel enfant, Werner, tu as perdu la boule pour faire ce genre de blague à cinq heures du matin ?!

WERNER. – Et pourquoi ne pas faire un enfant, puisque nous avons de l’argent ?

BARBARA. – Qu’est-ce que l’argent vient faire là-dedans ?

WERNER. – Eh bien désormais, nous l’aurons.

BARBARA. – Et qu’est-ce que l’enfant vient faire là-dedans, Werner ?

WERNER. – Eh bien, nous pourrons en faire un si nous le voulons. Si toi tu le voulais, par exemple. En ce qui me

concerne, cela fait longtemps que j’en veux un.

BARBARA. – Tu veux un enfant, Werner ?!

WERNER. – Et qu’est-ce qu’il y a de surprenant à cela, Barbara ? Sept ans de mariage, je veux avoir un enfant, qu’estce

qu’il y a d’étrange à cela ?

BARBARA. – Eh bien, j’ai quarante ans, mon chéri. Il fallait y penser avant, il y a sept ans, quand j’en avais trente-trois.

Il est maintenant cinq heures du matin et tu racontes ces conneries, pardonne-moi, seulement pour m’énerver une fois

de plus et pour dévier notre conversation, qui ne parvient pas à se terminer, parce qu’aucun d’entre nous ne veut ni

céder, ni partir, bien qu’il soit cinq heures du matin, et normalement, il est plus que temps pour nous de rejoindre nos

chambres. Cinq heures du matin, Werner.

WERNER. – Je vois, l’heure qu’il est, l’horloge, comme tu dis, est au mur, donc tout est en ordre. Tout est en ordre ?!

Putain, comment ça, tout est en ordre ?!

BARBARA. – Parce qu’il faut penser aux autres personnes, mon chéri ! Il ne faut pas, putain fixer des yeux un seul point

situé dans son cerveau ! Et en extraire toutes sortes d’informations inutiles, et les balancer partout. Et encombrer avec

elles tout l’espace autour. On ne pas t’approcher, Werner, parce que tu pues à un kilomètre l’information sur toi. Sur le

comment tu es ci..! Et le comment tu es ça..! Et le comment tu es. Tu comprends ? On voudrait te parler, et tu fermes

tout avec cette information sur le comment tu es. Et il est impossible de passer au travers de toute cette information. Il

est impossible d’entrer en contact avec toi, parce que dès la première tentative de pénétrer en toi, on s’écrase sur toute

cette information sur le comment tu es. Je suis comme ci et puis je suis comme ça. Avec qui je pourrais parler, Werner ?

Avec je pourrais parler ?! Avec l’information sur toi ? Je ne veux pas parler avec une quelconque information, mon doux,

je veux parler avec toi. Avec toi, tu comprends, et pas avec une information sur toi.

WERNER. – Oh ! À cinq heures du matin, ça commence à sentir la philosophie ! Tu peux aussi commencer à citer tes

philosophes préférés. Il te reste à commencer à les citer. Kant, Jung, Heidegger, voyons, lequel parmi eux a pu dire

quelque chose à notre sujet ? Ahah ! Et alors qu’est-ce qu’il a dit, Jung, sur le comment nous devons nous comporter à

cinq heures du matin, alors que nous ne pouvons pas nous arrêter depuis dix heures du soir, et que nous nous

détruisons l’un l’autre, et que nous n’arrivons à rien, mais que nous n’allons pas nous coucher, eh bien, et qu’est-ce que

dit à ce sujet, putain, notre Jung ?

BARBARA. – C’est très bête, Werner.

WERNER. – Et qu’en dit Kant ?

BARBARA. – C’est bête, Werner.

WERNER. – Quant à Heidegger, il dirait probablement – écoute, Barbara, il faut maintenant arrêter de parler avec cette

personne, qui, à cause d’un putain et mystérieux hasard philosophique, est devenu, il y a sept ans, ton mari, et a

soudain décidé à l’instant, de se mettre à te parler d’un enfant, ne perds pas ton temps dans des conversations inutiles.

Tu comprends, on ne peut pas le faire revenir à la réalité, parce qu’il est malade, putain, d’une putain de maladie, il est

malade, nique ta mère. Parce qu’il se sent si mal, parce qu’il a si mal, putain ! Regardez-le ! Regardez-le. À quoi bon

gaspiller pour lui ta précieuse existence ?! Et, putain, ton précieux temps ?! À cinq heures du matin, tu veux tenter de lui

expliquer quelque chose ?! Mais qu’est-ce qu’il pourrait comprendre, cet handicapé du cerveau ! Parce que c’est un

handicapé du cerveau, c’est comme ça, Barbara ! Handicapé du cerveau ?!

Silence.

BARBARA. – C’est très bête, Werner.

WERNER. – Oui parce qu’il ne faut pas être obsédé que par soi.

BARBARA. – Il est cinq heures du matin qu’est-ce que tu racontes, Werner ?!

WERNER. – Peut-être qu’il faut quand même essayer au moins une fois dans la vie, de détacher son regard de soi pour

le diriger sur les autres. Le diriger sur quelqu’un d’autre. Sur son mari, même s’il te paraît n’être qu’un malade idiot. Et

c’est probablement seulement alors, qu’on pourra avoir un quelconque dialogue réel. BARBARA. – Un dialogue réel,

Werner ?

WERNER. – Au moins un quelconque dialogue réel.

BARBARA. – Tu parles de dialogue réel, juste après avoir raconté toute cette monstrueuse foutaise à propos d’un

enfant. Après que tu aies charcuté toute cette douleur. La douleur, Werner ! La douleur ! Quel « dialogue réel », chéri,

on pourrait avoir après que tu aies autant charcuté, nique ta mère, la douleur ?! WERNER. – La douleur est une réalité,

Barbara, accepte-la.

BARBARA. – Mais qu’est-ce que tu racontes, nique ta mère ?! La douleur est une réalité ! Werner, mon doux, tu n’as

aucune notion, de ce qu’est une vraie douleur !

WERNER. – Ah non ?!

BARBARA. – Eh non, mon doux, non !

WERNER. – Donc tu serais la seule dans le monde entier à connaître la douleur, et moi j’en saurais rien ?! Donc selon

toi, je n’éprouverais pas de douleur, c’est ça ?! Va te faire foutre, ma chérie ! Je suis ravi qu’à cinq heures du matin nous

ayons, enfin, abouti à une totale incompréhension, putain ! Incompréhension totale, Barbara ! Tu es la seule à éprouver

la douleur, et les autres, non ! Va te faire foutre !

BARBARA. – Je n’ai pas parlé « des autres », Werner, j’ai dit « tu », ne déforme pas mes propos. Tu n’éprouves pas de

douleur, et je n’en sais rien pour les autres. Et je n’ai franchement pas le temps maintenant, putain, de m’occuper des

autres. Cinq heures du matin, et j’ai devant moi le mec, avec qui j’ai vécu sept putain d’années, qui nous ont amené à

une incompréhension totale et complète. Il n’existe aucun autre, il n’y a que toi et moi. Et c’est tout.

WERNER. – Tu penses vraiment que je n’éprouve aucune douleur ?

BARBARA. – Tu n’éprouves pas la douleur, que j’éprouve.

WERNER. – Et qu’est ce que j’éprouve maintenant selon toi ?! Là, ici maintenant, à cette minute ?! À cinq heures du

matin ?! Qu’est-ce que j’éprouve, si ce n’est, putain, une douleur insupportable, nique ta mère, si insupportable que je

suis pratiquement paralysé. Cinq heures du matin, je me tiens ici au milieu de notre cuisine, et je suis tout bloqué par

une douleur insupportable, intolérable et lancinante. Je ne sais pas ce que tu éprouves, Barbara ? Mais moi,

maintenant, j’ai mal comme jamais dans ma vie, parce que mes sept ans de vie sous la même couette que toi,

aboutissent à un point, putain, d’incompréhension absolue de tout. D’incompréhension absolue de tout.

BARBARA. – ça c’est pas encore de la douleur.

WERNER. – C’est pire que n’importe quelle douleur, c’est l’incompréhension absolue de tout.

Silence.

BARBARA. – Et puis quoi.

WERNER. – Et puis quoi ?!

BARBARA. – Et puis quoi.

Silence.