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« Made in France » (2012)

Drôles d’émancipations (2010)

Le cadeau de Kalisto

Après « Slaves » l’an passé, la Compagnie Kalisto, en résidence au Théâtre de Poche de Wesserling, est de retour avec Tchekhov. Un cadeau.

Illia Delaigle sait dès, l’entrée en scène du spectateur, le déstabiliser pour créer par la suite une connivence avec lui. Le metteur en scène avait excellé en novembre avec un inoubliable « Slaves ». Il renouvelle de façon plus sage avec deux pièces de Tchekhov. « Les méfaits du tabac » et « L’ours » permettent la mise en valeur de l’écrivain-médecin russe, témoin lucide, parfois cruel, toujours impartial d’une époque. Sont abordés dans les deux pièces le problème de l’égalité des sexes grâce au quotidien d’anti-héros bien attachants.

Jean Yves Duparc incarne, avec une étonnante vérité, un pauvre bougre terrorisé par sa mégère de femme. « Les méfaits du tabac » interpelle par cet appel à « s’arrêter quelque part loin de la trivialité, s’arrêter comme un arbre et oublier ». Troublant. Quant à la beauté diaphane de Maud Galet-Lalande, elle correspond parfaitement à la brutale rudesse de « L’ours » qui finit par tomber dans « la cage de cette crinoline ». Remarquable interprétation de ces deux comédiens. Ils offrent là l’émotion souvent souriante d’un Tchekhov dont on sent toujours de façon implicite un flirt étrange avec l’hystérie et même la morbidité.
 Le Théâtre de Poche renouvelle avec Kalisto son besoin d’excellence. Cette troupe offre enfin, du théâtre classique. Et cela de façon exemplaire tant par le choix des oeuvres que par leur interprétation. Du beau classique, abordable, aimable. Kalisto montre que le théâtre peut être autre chose que contemporain ou en dialecte. A voir, à vivre, à partager avec des comédiens qui après le spectacle engagent un chaleureux et riche échange.

JMZ

Bulles tchekhoviennes
Trois farces de Tchekhov, avec en fil rouge – et doux-amer – les rapports hommes-femmes. Du classique abordé de belle façon.

Nulle revendication politique dans les Drôles d’émancipations proposées l’autre semaine par la compagnie Kalisto, de Mulhouse, au caveau du Taps Scala à Strasbourg. Mais cependant : « Les femmes d’un côté, les hommes de l’autre »,

 nous est-il ici imposé. Le public obtempère au son de la balalaïka…

De pétillants anachronisme

Dame, il était prévenu : c’est d’émancipation qu’il va s’agir. De serrer les rangs pour mieux se retrouver à la fin d’un spectacle où trois farces de Tchekhov sont au programme -ËL’ours, Les Méfaits du tabac et La demande en mariage. Et si l’exploration de l’âme humaine est évidemment au coeur du propos, la légèreté est de mise dans ces Tchekhov-là, et l’on rit volontiers aux heurs et malheurs d’hommes et femmes qui s’ignorent, se toisent et se cognent, pour finir par se retrouver vaille que vaille, ni pour le meilleur ni pour le pire mais parce qu’au fond c’est mieux comme ça.

Le regard est critique, teinté de mélancolie cependant, et Illia Delaigle, le metteur en scène, confirme que le propos de sa compagnie était « d’aller au-delà d’une succession de quiproquos, de toucher au plus près de ce qui fonde les rapports hommes-femmes, l’amour bien sûr mais aussi l’argent, la propriété, le regard social,Ëen faisant rire avec ce qui fait rire aujourd’hui. » Et leur projet est d’ainsi (re)conquérir un public, de faire du classique « organique », où le spectacle prend une dimension très physique en laissant la part belle au rythme. « On essaye, sur le plateau, de créer des petites bulles d’énergie entre les comédiens et d’entraîner le public dans cette dynamique », précise Illia Delaigle. Pari gagné – la générosité des artistes est palpable, leur talent aussi, et ces trois moments théâtraux sont chaleureux, émaillés de juste ce qu’il faut d’anachronismes pétillants. Avec Céline Chevalier, Maud Galet-Lalande, Illia Delaigle, Jean-Yves Duparc – remarquable – et Hervé Urbani. Au son des interventions musicales d’Irina Losseva.

Véronique Leblanc Édition du Ven 17 déc. 2010

 

 

Slaves (2009)

Remarquable jeu d’acteurs

Le théâtre contemporain réserve parfois des surprises. Celle, souvent, d’être réservé à un public dit d’initiés. La compagnie Kalisto offre l’étonnement, celui de l’épure de la réalité et donc d’une compréhension, d’une émotion immédiates. Étonnant et fantastique jeu d’acteurs.

 La première représentation au théâtre de poche de Wesserling, de « Slave(s) », présenté par la compagnie Kalisto, s’est jouée mercredi soir dans une ambiance fort intimiste. La frileuse présence du public n’a cependant guère affecté la force et la chaleur offerte par les prestations de six acteurs. Dès le seuil du théâtre, dès la porte des artistes ouverte au public : c’est l’étonnement. On est quelque peu déstabilisé par l’accueil d’une femme fort jolie bien qu’affichant ostensiblement un genre, disons déluré. Elle parle sans doute le russe et pendant que vous prenez vos tickets, elle évoque Paris. On oublie sa réalité pour entrer dans celle d’un autre monde. Un monde où les illusions, les espoirs, les idéaux s’écroulent. La violence nue, sans fard, d’une effrayante et dérangeante réalité s’impose dans un décor minimaliste et suffisant. Suffisant car le jeu des acteurs est sidérant de vérité.

Une scène de rue

 La mise en scène d’Illia Delaigle est remarquablement servie par le jeu des acteurs dont on sent la maîtrise du don qu’ils offrent au public. Nathalie Bernas, Céline Chevalier et Maud Galet sont particulièrement touchantes et émouvantes. En paraphrasant Eluard, derrière ce qui est glauque, laid et écoeurant, il faut regarder. Derrière cette facette de l’humanité, il y a l’autre, celle de l’amour, de la tendresse, de l’intelligence, de la poésie. Et c’est là ce qu’offrent des textes venus de la dramaturgie de l’Est. Textes que le public ne peut que vivre avec ce qui n’est plus une scène de théâtre, mais une scène de rue. Oui, « Slave(s) » dérange car le miroir de la société est là, effrayant. Oui, « Slave(s) » émeut car l’essentiel semble capable de survie : aimer.

JMZ

 

Théâtre contemporain

Slave(s), singulière pluralité

C’est une virée théâtrale autour de la nouvelle dramaturgie d’Europe de l’Est qu’a proposé la Compagnie Kalisto le week-end dernier à la Friche-Laiterie. « Slave(s) » au singulier et au pluriel, pour marquer l’unité et la diversité de ces cultures.
Les deux spectacles présentés ont montré l’étendue du répertoire russe contemporain. Un véritable grand écart entre hyperréalisme et fantaisie. Dramaturgie tendue, dépouillée, percutante. Un minimalisme scénique au service de l’émotion. Illia Delaigle, de la toute jeune troupe Kalisto, puise son inspiration dans son voyage en Biélorussie et dans la mise en scène d’oeuvres fondamentales, comme La Mouette. « J’ai voulu explorer la création contemporaine. Franchir les barrières du théâtre classique. Montrer que le théâtre russe d’aujourd’hui est un melting-pot. » Poésie et profondeur, farce et tragédie se côtoient en effet dans les deux pièces.
La première, intitulée Douleurs fantômes (2000) écrite par Vassili Sigariev, s’ouvre sur un décor de dépôt de tramways en friche, transformé en squat par deux paumés. « Ça pourrit, ça se dégrade, ça rouille », une réplique qui sonne comme l’écho général de ce drame poignant, au réalisme social prononcé. Olia a perdu son mari, écrasé par un tramway. Devenue folle de douleur, elle se donne à quiconque portera les lunettes du défunt. Jusqu’au moment tragique… « Ça fait comme une vague, les souvenirs… »
Le deuxième spectacle, Oxygène (2004), d’Ivan Viripaiev, traite, de manière poétique et décalée, du nouveau désordre mondial. Une fable surréaliste qui fait se succéder plusieurs saynètes en forme de chansons. Il est question de crime passionnel, de désir et d’amour, puis du « nécessaire oxygène dont chacun a besoin pour vivre ». Déroutante discussion entre un homme et une femme dans le champ de leurs irréductibles différences.

Sophie Sanchez

© Dernières Nouvelles D’alsace, Samedi 20 Juin 2009. – Tous droits de reproduction réservés